dimanche 31 mars 2013

L'influence des grandes utopies sur la création d'internet



Une conférence des ateliers toujours passionnants de Transit City, avec Dominique Cardon et  Ariel Kyrou. La question de l'internet et de l'innovation est traitée sous l'angle des utopies politiques. Un petit compte rendu des débats.
  • Petite histoire de l'Internet (Dominique Cardon)
Comprendre l'internet aujourd'hui, c'est aussi analysé l'esprit des origines qui reste engrammé dans la nature d'Internet.  L'internet (TCP/IP) qui est différent du web (hypertexte) a été créé par itération au cours des années 60-70. Il est la création d'une convergence hybride, pour ne pas dire baroque, entre  militaires, universitaires et hippies. 

- les militaires


Les militaires américains ont très vite compris que les telecoms étaient un enjeu stratégique. Les télécommunications aux Etats Unis à l'instar du reste du monde était assurés par l'opérateur public  ATT (American Telephone and Telegraph Company). le fonctionnement centralisé de ce dernier a été perçu à juste titre comme une faiblesse en cas de conflit. L'internet s'est créé afin de créer une approche réseau décentralisée moins vulnérable et résilient par ses périphéries. 

- les universitaires
 


Les universitaires avait intérêt de partager dans le cadre des échanges scientifiques. Cet esprit s'est traduit entre autre par la création des logiciels libres et une approche différente de la propriété intellectuelle. C'est entre autre à ce moment que des universitaires ont développé la notion dont je ne me rappelle plus l'intitulé exact mais qui évoque protection d'une invention pour qu'elle ne puisse pas être accaparé par une entité privée et qu'elle puisse rester dans le domaine public.

- la politique et la contre culture autour de San Francisco
 




Le propos de Fred Turner ("aux sources de l'économie numérique") explicite le troisième pilier,  selon lui, de l'internet qui est le mouvement socio culturel de la contre culture américaine. A l'heure de mai 68, les alters de l'époque se divisaient plus ou moins en deux. D'un côté, les révolutionnaires gauchistes et de l'autre les libertaires flower power.  Alors que les révolutionnaires veulent changer la société par les institutions, le mouvement hippie concentre ses critiques et ses réflexions sur l'individualité "se changer soi même d'abord pour changer la société". C'est une réaffirmation du soi et de sa relation à l'autre. Ce mouvement se définit en opposition à la techno science, à l’État, aux grandes entreprises (le parangon étant IBM).  

A cette époque se crée des communautés hippies qui expérimentent la mise en place de nouvelles formes de communautés: modes de fonctionnement, spiritualité,... mais aussi psychotropes. On cherche l'homme amélioré, stimulé à travers divers substances, le LSD n'est pas encore considéré comme une drogue. 

Le PC (Personal Computer) est un des autres leviers pour stimuler l'homme via la technologie. Les pionners de l'informatique personnel, Steve Jobs et Stephen Wozniak au premier plan, était des hippies ayant fait des expériences psychédéliques. Leur propos est d'autonomiser les individus et leur permettre d'être libre dans leur utilisation des possibilités de l'informatique. Le PC participe à l' "empowerment" des individus. 

A cette époque, les campus des prestigieuses universités californiennes (Stanford, Berkeley) sont des mélanges étonnant où se retrouvent chercheurs, universitaires, hippies...Plusieurs laboratoires de recherche ont d'ailleurs eu des destins tragiques, perdu dans une dérive new age ou sectaire... Les communautés ont d'ailleurs souvent tourné au fiasco.
 

Cette époque a d'ailleurs donné des suites étranges où les hippies de l'époque ont soutenu les métamoprhoses néolibérales de l'ère Reagan pour le moins d'Etat et une économie la plus libérale mettant l'individualité au centre du système économique. Bill Gates vient aussi de là.

L'étape d'après est la transposition des utopies des communautés hippies perdues dans les jeux de pouvoirs "classiques" (relations de pouvoir, sexe, drogue...) vers une recomposition d'une communauté virtuelle. Puisque les expériences dans la vie réelle se sont avérées un échec, affranchissons nous de la vie réelle. L'internet relève d'un soucis d'émancipation des individus au delà du monde réel pour réinventer un modèle de vivre ensemble. 

Pour les pionniers, Internet c'est un lieu qui déteste le centre, aspect libertaire où l'on invente les règles de fonctionnement et où l'Internet "appartient" à celui qui le font.

  
  • Les anonymous et le net (Ariel Kyrou)
la référence là
Il existe une tension toujours ambivalente entre ce qui enferme et ce qui libère sur le web. 





Burning man montre cette évolution des hippies aux branchés de la silicon valley (prochain article, il s'agit d'un festival post hippie qui se tient tous les ans). Les acteurs majeurs du web continuent de se retrouver dans cet esprit de l'internet des origines
mais par leur pratique ont tendance à dénaturer le net.

Google est le meilleur exemple, d'une puissance technologique extraordinaire ouvrant des nouveaux horizons aux internautes, Google s'étend sur la toile et s'introduit dans la sphère privée de manière incidieuse. C'est une conception demiurge de la toile, du dieu spinozien qui est nulle part et partout. 

Aujourd'hui, les hackers et autres anonymous sont les enfants de cet esprit libertaire des débuts. Il s'érige en défenseurs de la liberté sur le cyberespace. L'innovation des anonymous est dans la forme de l'action à travers le cyberespace mais la logique se rapproche de l'activisme à l'ancienne (sitting, manifestation,…) avec une logique de vitrine. Il est intéressant de penser que la génération des anonymous capitalise les avancées de la génération des années 60-70. Néanmoins, le bruit de fond des années 60-70: le mouvement pacifiste, la lutte pour les droits civiques, la libération de la femme, les mouvements ouvriers... se tarissent. Tout au moins, ils n'ont pas la même importance qu'à l'époque ou sont moins structurés à travers des mouvements.  

A titre de comparaison, les indignés sont une forme, ils n'ont pas de projet. Ils revendiquent une forme de légalité radicale, "personne ne peut parler à ma place, je ne m'attache à aucune chapelle". On a du mal à voir le "bruit de fond" de cette forme, peut être parce que ça n'existe pas, ou peut être est ce à théoriser, c'est mon opinion. 


Ma perception, partagée par les intervenants, est que le bruit de fond des jeunes générations est la dimension environnementale qui vient se rajouter à l'héritage de la génération de nos parents.

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