dimanche 21 juin 2026

Voyage en Grèce Antique - partie 3



Sur la route de Delphes, nous avons traversé la Béotie et la plaine d'Orchomène. Après les plaisanteries de rigueur sur les béotiens dont les athéniens classiques ont forgé à jamais la réputation, nous avons pu admirer la plaine verdoyante et agricole d'Orchomène. 

Nous nous sommes arrêtés, un peu par amusement, à Thèbes. Un des seuls lieux sans touristes, complètement à l'écart des circuits. Historiquement la Thèbes antique a été rasée par Alexandre le grand et n'est plus la capitale de la Béotie. La Béotie est néanmoins le berceau de nombreux personnages mythologiques dont Oedipe, Héraclès, Antigone. La ville ne vaut pas le détour mais le musée archéologique de Thèbes est très beau. 




Dans les monuments improbables, une tour du 13ème siècle témoigne de l'époque où Thèbes avait échu à Boniface de Montferrat, chef de la 4ème croisade qui avait créé fugacement des états francs en Grèce après le sac de Constantinople.   
Une fin en apothéose. Après avoir dormi à Arachova, le Megève grecque, station de ski au pied du mont Parnasse, nous avons visité le sanctuaire de Delphes. 

Selon la mythologie, Appolon lui même aurait fondé le sanctuaire de Delphes après avoir construit le temple de Délos. Il y tua le serpent "python" fils de Gäia. On parle depuis d'Appolon Pythien. La légende veut qu'il y ait eu des émanations de souffre qui aurait justifié le choix de ce site sur les flancs du Mont Parnasse en Phocidie et l'implantation du sanctuaire mais il semble que cela relève de la légende.   

Le sanctuaire de Delphes était oraculaire. La pythie (en fait plusieurs) recevait des oracles d'Appolon. Ses oracles étaient assez abscons et des prêtres étaient chargés d'interpréter les oracles. L'activité principale des cités grecques étant de se quereller entre elles, le sanctuaire de Delphes est très tôt devenu un sanctuaire pan héllenique, nombril du monde et lieu neutre, n'appartenant à aucune cité.  Elle est le siège de l'Amphictyonie de Delphes, ligue religieuse rassemblant plusieurs états grecs. Au delà du culte d'Appolon, il s'agissait aussi d'un espace de diplomatie et de conciliation où l'on retrouve la tension grecque entre le sacré et le rationnel. 



maquette reconstituée du sanctuaire

Chaque cité construisait ainsi des petits temples, autant d'hommage aux dieux, démonstration de puissance et richesse et commémoration des grandes victoires dans un terrain escarpé.  Pendant les mois d'hiver, Appollon quittait le sanctuaire pour aller se purifier en Hyperborée. Il était remplacé par Dionysos. 




La vue depuis delphes est splendide et l'on voit la mer au loin. 


La pièce maîtresse était le temple d'Appolon pythien. Comme dans la plupart des sanctuaires, des olympiades et des concours de théâtres étaient organisés. Il ne subiste que la base du temple mais le site est majustueux si il en est. 



le trésor des Athéniens est un des mieux préservés

En contre bas, on pêut admirer le Tholos (temple de base cylindrique) et le sanctuaire d'Athéna Pronaia mais le site était fermé. 



Le musée de Delphes attenant au site est également mangifique. Il présente beaucoup des résultats des fouilles menées par l'école française d'Athènes. On peut y admirer le sphynx, le nombril du monde et  beaucoup de pièces maginfiques. 






lundi 15 juin 2026

Voyage en Grèce Antique - partie 2

Selon les mythes, Mycènes a été fondée par Persée qui a demandé aux cyclopes de construire les murailles qui sont restés comme les murs cyclopéens. 
C'est le site de la capitale d'Agamemnon, rois les de rois de toute la Grèce dans l'Iliade. Il a lancé l'expédition contre Troie à la tête des Achéens. Le mythe est tragique et la famille d'Agmemnon a été marquée par le malheur et s'est querellé avec les dieux de génération en génération (autres temps autres moeurs, il a sacrifié sa fille Iphigénie pourrait apaiser Artémis qu'il avait offensé et faire resouffler le vent et partir à la conquête de Troie...). 

Le site est sublime où l'on domine la plaine fertile et on voit la mer au loin vers Nauplie. 



Le site en lui même se présente comme un promontoir à flanc de colline. 



La porte des Lyonnes est colossale et remarquablement préservée. 
Pour le reste, il faut faire preuve d'imagination. Les fouilles du 19ème siècle ont découvert des trésors que l'on peut admirer au musée archéologique d'Athènes ( cf partie 1). 

vue reconstituée du site période -1200 -1600 av JC


Nous avons été transportés dans la mythologie qui se confond avec l'histoire et les lieux où avoir le sentiment de pénétrer dans la géographie d'un des plus beaux récit de l'histoire.  

Nous avons passé la fin d'après midi et la nuit à Nauplie. 





Petites incartades par rapport à l'époque de la Grèce antique, Nauplie est une synthèse harmonieuse des époques byzantine, vénétienne et ottomane. 
En 1032, Nauplie est le lieu d'une importante victoire navale de l'amiral byzantin Nikephoros Karantinos sur une flotte arabe

La ville est charmante si il en est, ce qui nous fait oublier les massacres qu'elle a connu dans les guerres ottomano-vénitiennes. C'est aussi une ville importante dans l'histoire récente grecque au moment de la guerre d'indépendance grecque au 19ème siècle. Nauplie a été la première capitale après l'île d'Egine de la Grèce indépendante. 
A ma grande honte, je n'avais retenu que le théâtre en préparant le voyage. C'est avant tout un sanctuaire qui était dédié à Asclépios, dieu guérisseur. Alors que le principe originel était de guérir par les songes, le sanctuaire était aussi un lieu avec des "vrais" médecins dans la tension omniprésente en grèce antique entre la rationalité et la magie des dieux. Par extension, c'est un des lieux où s'est inventé la médecine moderne où Hypocrate n'est pas loin. Comme dans la plupart des lieux que nous avons visité, des épreuves sportives et théâtrales étaient organisées. 




Le théâtre est mondialement connu avec une accoustique assez bluffante (testée par tous les groupes qui visitent) et l'arrière de la scène ouvre sur un magnifique paysage. Contrairement aux théâtres romains, il n'y a pas de fronton à l'arrière de la scène et le théâtre n'était pas fermé. 

Encore une lacune dans ma culture, j'ai découvert les tragédies et les comédies s'inscrivaient dans le cadre de concours. Les grands tragédiens Euripide, Eschyle et Sophocle participaient à des concours sur 3 jours avec plusieurs pièces données et un jury populaire (applaudimètre?). Tous les concours contenaient aussi des comédies dont Aristophane est l'auteur le plus connu. Il s'agissait par ailleurs d'une oeuvre collective, il pouvait y avoir jusqu'à 1500 participants pour une tragédie entre les choeurs, les techniciens... Les comédies quand à elles représentent des sources historiographiques largement utilisées par les historiens actuels pour analyser les moeurs et l'opinion public de l'époque. 

Je serais bien incapable d'expliquer les nuances entre les différents auteurs, entre l'importance donnée aux choeurs, aux différents personnages et la posture entre volonté des hommes et des femmes à échaper à leur destin et fatalité de la décision des dieux. Nous pouvons simplement dire que les passions humaines sont déjà résumées dans les tragédies que l'on rejoue à l'infini au cours de l'histoire de l'humanité. 

Nous avons pris le temps de lire dans le théâtre un extrait d'Antigone de Sophocle en grec ancien dans le texte (maman) et en français (moi), petite coquetterie intellectuelle pour nous transporter dans le temps. 


Antigone 
"C'est que Zeus ne les a point faites, ni la Justice qui siége auprès des Dieux souterrains. Et je n'ai pas cru que tes édits pussent l'emporter sur les lois non écrites et immuables des Dieux, puisque tu n'es qu'un mortel. Ce n'est point d'aujourd'hui, ni d'hier, qu'elles sont immuables ; mais elles sont éternellement puissantes, et nul ne sait depuis combien de temps elles sont nées. Je n'ai pas dû, par crainte des ordres d'un seul homme, mériter d'être châtiée par les Dieux. Je savais que je dois mourir un jour, comment ne pas le savoir ? même sans ta volonté, et si je meurs avant le temps, ce me sera un bien, je pense. Quiconque vit comme moi au milieu d'innombrables misères, celui-là n'a-t-il pas profit à mourir ? Certes, la destinée qui m'attend ne m'afflige en rien. Si j'avais laissé non enseveli le cadavre de l'enfant de ma mère, cela m'eût affligée ; mais ce que j'ai fait ne m'afflige pas. Et si je te semble avoir agi follement, peut-être suis-je accusée de folie par un insensé."

Ἀντιγόνη

"οὐ γάρ τί μοι Ζεὺς ἦν ὁ κηρύξας τάδε, 
οὐδ᾽ ἡ ξύνοικος τῶν κάτω θεῶν Δίκη
τοιούσδ᾽ ἐν ἀνθρώποισιν ὥρισεν νόμους.
οὐδὲ σθένειν τοσοῦτον ᾠόμην τὰ σὰ
κηρύγμαθ᾽, ὥστ᾽ ἄγραπτα κἀσφαλῆ θεῶν
νόμιμα δύνασθαι θνητὸν ὄνθ᾽ ὑπερδραμεῖν. 
οὐ γάρ τι νῦν γε κἀχθές, ἀλλ᾽ ἀεί ποτε
ζῇ ταῦτα, κοὐδεὶς οἶδεν ἐξ ὅτου ᾽φάνη.
τούτων ἐγὼ οὐκ ἔμελλον, ἀνδρὸς οὐδενὸς
φρόνημα δείσασ᾽, ἐν θεοῖσι τὴν δίκην
δώσειν· θανουμένη γὰρ ἐξῄδη, τί δ᾽ οὔ; 
κεἰ μὴ σὺ προὐκήρυξας. εἰ δὲ τοῦ χρόνου
πρόσθεν θανοῦμαι, κέρδος αὔτ᾽ ἐγὼ λέγω.
ὅστις γὰρ ἐν πολλοῖσιν ἐς ἐγὼ κακοῖς
ζῇ, πῶς ὅδ᾽ Οὐχὶ κατθανὼν κέρδος φέρει;
οὕτως ἔμοιγε τοῦδε τοῦ μόρου τυχεῖν 465
παρ᾽ οὐδὲν ἄλγος· ἀλλ᾽ ἄν, εἰ τὸν ἐξ ἐμῆς
μητρὸς θανόντ᾽ ἄθαπτον ἠνσχόμην νέκυν,
κείνοις ἂν ἤλγουν· τοῖσδε δ᾽ οὐκ ἀλγύνομαι.
σοὶ δ᾽ εἰ δοκῶ νῦν μῶρα δρῶσα τυγχάνειν,
σχεδόν τι μώρῳ μωρίαν ὀφλισκάνω."